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June 06 CAPITAINE D'ARMEE
Je me dois de raconter ici, comment j'ai rencontré, voilà de nombreuses années et alors que je venais à peine de succéder à mon père, ce curieux personnage qui devint mon Capitaine d'Armée. Ce jour là, la chasse avait été bonne et notre cavalcade revenait bon train vers nos demeures... Il y avait force rires dans la troupe et chacun se vantait d'avoir fait preuve d'une hardiesse hors du commun, de celles qui auraient pu être nécessaires face à une créature fantastique et cruelle... mais bien futile ici car ce n'étaient que chevreuils et quelques lièvres que nous ramenions aussi joyeusement! J'aimais ces instants du retour, quand après longue course éreintante nous marchions au pas, sereins et satisfaits tandis que les sommiers chargés d'un gibier abondant trainaient la patte. Comme souvent, je laissai le groupe prendre de l'avance et m'écartai de leur tumultueux verbiage préférant me laisser bercer par la cadence tranquille de "Ambragil", un hongre... mais si agile pour les poursuites effrénées dans les sous bois et sachant redevenir paisible une fois la proie terrassée que je ne pouvais estimer faire bonne chasse sans le chevaucher, lui et lui seul. Une brise printannière agitait régulièrement les hautes ramures au vert nouveau et les airs vibraient sous les longues trilles des passeraux amoureux. "Ambragil" grignotait paresseusement quelques pousses tendres le long de la sente et un parfum de violettes écrasées par ses sabots s'élevait jusqu'à mes narines, rafraichissant mon souffle et mon âme. Dans cette pénombre frémissante mes paupières se fermaient par moment et je jouissais pleinement de la tranquilité ambiante. Ce qui m'alerta, c'est d'abord ce tressaillement inattendu sur l'échine de ma monture puis le silence immédiat qui ne laissa flotter que le frémissement des frondaisons; mes yeux se portèrent instantanément tout autour, cherchant à percer le clair-obscur des sous-bois cependant que ma main s'approchait de la garde de l'archère suspendue à l'arçon de la selle. Sous les basses charpentières d'un hêtre séculaire, je n'ai d'abord perçu de cette présence que sa silhouette plus noire que l'ombre qui l'enveloppait. Totalement immobile, elle paraissait faire partie prenante de l'arbre où elle s'abritait, et il me fallu bien du temps pour percevoir les quelques éclats discrets des boucles de son équipement. Deux yeux se mirent à luire d'un éclat hors du commun dès que l'être se sut découvert. Celui-ci fit plusieurs pas en avant et se dégagea de la ramure avant de se figer à distance respectueuse, une main nonchalemment accrochée par le pouce sur une large ceinture nouée, l'autre maintenant avec certaine assurance contre sa hanche une arbalète de bonne taille et armée. Peut-être même un peu trop grande pour ce personnage fin et élancé, d'une allure tenant davantage des gens du spectacle que du guerrier. Il se tenait là, le corps légèrement déhanché et tout de cuir vêtu; hautes bottes rigides à revers et bordées de fourrure, culotte longue et lacée sur tout l'ensemble, veste de cuir rembourrée, par endroits cloutée et surmontée d'épaisses épaulières articulées, un large baudrier croisant sur le tout et portant, outre le fourreau d'une longue épée à gauche, une miséricorde au pommeau doré sur la droite. Il tenait sa tête un peu de travers, d'un air hautain, et ses yeux brillaient d'une arrogance volontaire; sa chevelure rousse et courte, tout en désordre effleurait à peine le haut de son costume et son visage imberbe laissait croire à une jeunesse certaine... mais ne cachait rien au fait qu'il s'agissait d'une femme ! (à suivre: JUILLANCE d'OMBRESABLE) ----- TrackbacksWeblogs that reference this entry
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